FORUM APOCALYPSE ET PROPHETIES POUR NOTRE TEMPS

Ce Forum Catholique a pour but de commenter nos temps actuels, à la lecture des prophéties de la Bible, du livre de Daniel et de l’Apocalypse de St Jean, en les comparant avec les prophéties modernes.
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  PublicationsPublications  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée
Derniers sujets
» Islamisation de la France, de l'Europe et du Reste du Monde...
par Hercule Aujourd'hui à 12:40

» - Père Raymond Halter - La prière de délivrance -
par Hercule Aujourd'hui à 11:24

» Jean Pliya - Enseignement lors du rassemblement de Saint Laurent 2012...
par Hercule Aujourd'hui à 11:18

» Le Père Ghislain ROY et le démon - Libération et Guérison ...
par Hercule Aujourd'hui à 11:00

» Avec Luisa PICCARRETA et le Père Ghislain ROY, Entrons et Vivons sous le Règne de LA DIVINE VOLONTE !
par Hercule Aujourd'hui à 10:44

» 21 novembre Présentation de la Sainte Vierge Marie
par ami de la Miséricorde Aujourd'hui à 2:10

» 21 novembre : Saint Dimitri de Rostov
par ami de la Miséricorde Aujourd'hui à 1:59

» Dieu contre Satan, le combat final
par ami de la Miséricorde Aujourd'hui à 1:36

» Purgatoire dans le Nouveau Testament St Robert Bellarmin
par ami de la Miséricorde Aujourd'hui à 1:20

» Prophétie de Saint Jean Paul II
par ami de la Miséricorde Aujourd'hui à 1:11

» Méditation avec l'Echelle Sainte de St Jean Climaque
par ami de la Miséricorde Aujourd'hui à 1:02

» Le Grand Monarque - Au Sujet des Soldats du Roi ...
par Hercule Aujourd'hui à 0:51

» Saint Padre Pio de Pietrelcina, OFM Capucin (1887-1968) Stigmatisé
par Hercule Aujourd'hui à 0:33

» L’Evangéliste Carlos ANNACONDIA, l’homme qui réveille les âmes endormies ...
par Hercule Aujourd'hui à 0:15

» Le Père Mathieu Girard OFM Capucin - Ancien Exorciste de Besançon...
par Hercule Hier à 23:43

» LA PROPHETIE DE DANIEL par (A) qui est une petite âme qui a des locutions et désire rester ignorée.
par Hercule Hier à 22:48

» Remèdes révélés à Marie-Julie Jahenny pour les « Temps de la Fin » ...
par Hercule Hier à 22:21

» Neuvaine au Christ Roi de l'Univers : Du 16 au 26 novembre 2017
par Lumen Hier à 20:51

» DIEU ? Démonstration de l'existence de Dieu et raisons de croire chrétiennes...
par Hercule Hier à 18:22

» Le Site de l'I.A.D. - Association Internationale pour la Délivrance...
par Hercule Hier à 12:31

» Dieu se plait à révéler ses secrets à ceux qui l'aiment et qui l'écoutent...
par Hercule Hier à 10:31

» Livre - "MARIE ANNONCE LA FIN DES TEMPS" par F. Sanchez-Ventura Y Pascual - Partie 0 ...
par Hercule Hier à 4:09

» AED - Syrie: Marc Fromager « nous ne les abandonnerons pas ! »
par Hercule Hier à 3:37

» 20 novembre Vénérable Agnelo de Souza
par ami de la Miséricorde Hier à 0:31

» 20 novembre Saint Grégoire le Décapolite
par ami de la Miséricorde Hier à 0:15

» Considérations de Saint Ephrem sur l'Enfer
par ami de la Miséricorde Hier à 0:03

» Saint Bernard de Clairvaux sur les Fins dernières
par ami de la Miséricorde Dim 19 Nov 2017 - 23:43

» Le livre de l'Apocalypse
par Olivier2 Dim 19 Nov 2017 - 18:40

» Notre Dieu est Dieu de Vie, et Il nous veut féconds.
par Lumen Dim 19 Nov 2017 - 16:30

» Une seule chandelle suffit
par Lumen Dim 19 Nov 2017 - 16:15

» Les « Litanies de l'Humilité » du Cardinal Merry del Val...
par Hercule Dim 19 Nov 2017 - 15:24

» Avertissement et Conseil à mes âmes choisies...
par Hercule Dim 19 Nov 2017 - 15:21

» Donne-nous notre Pain de ce jour (Vie) : Parole de DIEU
par Lumen Dim 19 Nov 2017 - 15:06

» Concerts dans les Eglises : Mgr Planet menace de poursuivre en justice...
par Hercule Dim 19 Nov 2017 - 14:59

» Consécration du diocèse d’Avignon au Cœur Immaculé de Marie...
par Hercule Dim 19 Nov 2017 - 14:22

» Une Minute avec Marie - Le chapelet, la prière que Notre Dame a le plus recommandée
par Hercule Dim 19 Nov 2017 - 10:09

» 19 novembre Saint Philarète de Moscou
par ami de la Miséricorde Dim 19 Nov 2017 - 1:30

» 19 novembre Saint Abdias Prophète
par ami de la Miséricorde Dim 19 Nov 2017 - 1:07

» 19 novembre Saint Raphaël Kalinowski
par ami de la Miséricorde Dim 19 Nov 2017 - 0:48

» Considérations de Saint Prosper d'Aquitaine sur l'Enfer
par ami de la Miséricorde Dim 19 Nov 2017 - 0:32

» La disposition codée du GRAAL en l’église de RENNES-LE-CHÂTEAU selon le tracé de la MÉDAILLE MIRACULEUSE
par Hercule Sam 18 Nov 2017 - 15:18

» Je bénirai le Seigneur ...
par Lumen Sam 18 Nov 2017 - 15:11

» Vendée - LePuy-du-Fou et Philippe de Villiers reçoivent le Hall of Fame Award...
par Hercule Sam 18 Nov 2017 - 14:58

» Jésus nous livre un grand secret : prier sans se décourager...
par Lumen Sam 18 Nov 2017 - 14:50

» Institut pour la Protection de la Sante Naturelle - Herboriste : un métier assassiné !
par Hercule Sam 18 Nov 2017 - 13:52

Sujets les plus actifs
SEPTEMBRE LE MOIS DE SAINT MICHEL ARCHANGE
Prières de Protection, de Libération et de Guérison
Prophéties modernes et Messages pour la France...
Donne-nous notre Pain de ce jour (Vie) : Parole de DIEU
Islamisation de la France, de l'Europe et du Reste du Monde...
Livre - "L'HEURE DES TENEBRES" par Don Raymond - Partie 1...
Le livre de l'Apocalypse
Livre - "La Mission Divine de la France" par le Marquis de la Franquerie...
FORUMACTIF.COM – Harcèlement et graves dysfonctionnements sur Lumen -
Les propheties bibliques a l'aune de l'heraldique royale britannique.
Sujets les plus vus
Islamisation de la France, de l'Europe et du Reste du Monde...
FORUMACTIF.COM – Harcèlement et graves dysfonctionnements sur Lumen -
- Virginie "Alliance des Coeurs Unis" - Consécration et Imposition du Scapulaire
Donne-nous notre Pain de ce jour (Vie) : Parole de DIEU
SEPTEMBRE LE MOIS DE SAINT MICHEL ARCHANGE
Le livre de l'Apocalypse
Prières de Protection, de Libération et de Guérison
Virginie "Alliance des Coeurs Unis" - Acte de consécration
"ENTRE NOUS II" - Les Articles les plus lus du mensuel... par Viviane Al.
La clé structurelle du livre de l’Abbé Boudet, le Graal identifié au Calice de la Cène .
Les posteurs les plus actifs de la semaine
Hercule
 
ami de la Miséricorde
 
Lumen
 
Françoise
 
Novembre 2017
LunMarMerJeuVenSamDim
  12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930   
CalendrierCalendrier
Statistiques
Nous avons 18 membres enregistrés
L'utilisateur enregistré le plus récent est Prunelle

Nos membres ont posté un total de 1455 messages dans 1068 sujets
Mots-clés
Marie Garabandal naturelle Faux Prière Pape islamisation Famille Joyeux Merci Rosaire avertissement Laurentin chapelet enfants délivrance prophètes saint Evangélisation Polonais préalable Louis François James France Tous
Qui est en ligne ?
Il y a en tout 0 utilisateur en ligne :: 0 Enregistré, 0 Invisible et 0 Invité :: 1 Moteur de recherche

Aucun

Le record du nombre d'utilisateurs en ligne est de 23 le Sam 9 Sep 2017 - 10:43
Annuaire des Sites amis


Partagez | 
 

 L’Apocalypse Revisitée par Jean Delumeau...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Hercule
Admin
avatar

Messages : 966
Date d'inscription : 16/08/2017

MessageSujet: L’Apocalypse Revisitée par Jean Delumeau...   Jeu 9 Nov 2017 - 17:08

L’Apocalypse Revisitée par Jean Delumeau...

+ + + + +

- L’APOCALYPSE REVISITEE - par Jean Delumeau -

Le regard de l'historien chrétien sur la Fin des Temps...
Pourquoi cette confusion avec le Millénaire et le "Millenium" ?
Est-ce la Bible qui a inventé la notion religieuse d'un commencement et d'une fin des temps ?
Quel fut le rôle de l'Apocalypse dans la montée périodique des pensées eschatologiques ?...
Etc.

+ + + + +

- L’APOCALYPSE REVISITEE - par Jean Delumeau -

Pour évaluer la signification historique des angoisses et des attentes eschatologiques de nos contemporains, personne n'était mieux qualifié que Jean Delumeau, qui a fait de la peur et de l’espérance ses principaux sujets d'étude. Pour cet historien éminent, professeur au Collège de France, considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire des mentalités en Occident entre le XIVe et le XVIIIe siècle, la fin des temps est d'abord l'un des thèmes récurrents d'une immense littérature apocalyptique, l'étincelle qui mit le feu aux poudres des mouvements millénaristes au long des siècles. Depuis l'introduction de la flèche du temps par le judéo-christianisme dans la pensée des hommes, il semblait logique en effet de s'interroger sur la date de la fin du monde - et donc sur la date de la Création. Cette logique impeccable engendra de savants calculs et de longs traités donnant lieu à des débats toujours passionnés. Mais pourquoi cette confusion tenace qui s est installée, à partir de la tradition chrétienne, entre le millénaire et le Millenium ? Quelle fut le rôle de l’Apocalypse de Jean dans la montée périodique des peurs eschatologiques ? Que signifie le Millenium, en langage théologique? Pourquoi saint Augustin a-t-il déclaré que le Millenium était déjà arrivé ? Et comment les attentes déçues du millénarisme - la fin du monde n'ayant pas eu lieu aux dates annoncées - ont-elles pu être tragiquement relayées par les déceptions nées de la réalisation de l'utopie marxiste ?
Chercheur scrupuleux, amateur de grandes fresques séculaires, Jean Delumeau poursuit une réflexion au long cours. Sa renommée universitaire est établie et un volume d’hommage, Homo religiosus, lui a été consacré chez Fayard en 1997 Jean Delumeau s’est aussi fait connaître et apprécier du grand public grâce à une série de quarante-six émissions, Des religions et des hommes, diffusées en 1996 par la Cinquième. Catholique dans un esprit d'ouverture, il se veut fidèle à une Église qui a réhabilité Galilée, reconnu la théorie de l'évolution, repris conscience de ses racines juives, et organisé la rencontre d’Assise en 1986 entre les représentants des différentes religions.
Après sa célèbre somme sur La Peur en Occident et plusieurs livres consacrés à l'histoire des fléaux matériels et spirituel, qui ont secoué l’Occident depuis la Renaissance Jean Delumeau s’est interrogé pour savoir comment les hommes avaient trouvé des raisons de se rassurer, recherches ponctuées par la publication de Rassurer et protéger : le sentiment de sécurité dans l’Occident d'autrefois. Puis c’est l'histoire du paradis qui lui a inspiré deux imposants volumes. On le devine, la succession de ses centres d'intérêt ne relève pas seulement, chez Jean Delumeau, de la logique historiographique, mais bien d'une recherche personnelle. Après la peur, la consolation, puis l’espérance. Que ce soit l’attente de la Parousie, ou la peur que le ciel nous tombe sur la tête, Jean, Delumeau noublie jamais que les rêves des humains, qui sont la matière même de son oeuvre d'historien, contribuent à façonner leur destin au même titre que leurs actes.

- Est-ce la Bible qui a inventé la notion religieuse d'un commencement et d'une fin des temps ?

- Il est certain qu'il y a une différence importante entre la tradition judéo-chrétienne et un certain nombre d'autres traditions. L’hindouisme en particulier, continué ensuite à cet égard par le bouddhisme, croit à une sorte de cours cyclique des choses. On revient finalement, au bout d'un certain nombre de siècles ou de périodes, au point de départ. Cette conception était aussi celle des Grecs.
Dans la filière judéo-chrétienne au contraire, on a considéré l'histoire comme un vecteur. Il y a un début et une fin. Dieu a créé le monde, la vie, l'homme, et dès lors celui-ci est soumis au temps. Puis un jour Dieu décidera d'interrompre l'aventure cosmique, l'aventure de la vie terrestre, et ce sera la fin du monde, la fin de l'histoire, la fin des temps - ce qui revient au même. Je pense que les juifs de ce que nous appellerons par commodité l'Ancien Testament - bien qu'il s'agisse d'une expression chrétienne qui désigne la Bible hébraïque - n'ont pas tout de suite aperçu très clairement quelle pourrait être la fin de l'histoire. Mais à partir de l'exil à Babylone, au VIe siècle av. J.-C., ils ont conçu leur aventure comme dirigée vers l'apparition d'un Messie sauveur et libérateur. je ne suis pas assez compétent pour vous dire ce qu'ils envisageaient après la venue du Messie, mais on a remarqué que c'est aux environs du IIe siècle av. J.-C. qu'est apparue dans le judaïsme l'idée d'un jugement des morts, avec une récompense pour les justes et une punition pour les méchants. Sans l'exposer formellement, une telle conception implique une sorte de survie et une résurrection finale. je rappellerai à cet égard la vision étonnante du prophète Ézéchiel à qui Dieu montre comment il redonnera vie aux ossements desséchés et fera ressusciter les morts : « Ainsi parle le Seigneur Dieu à ces ossements : je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître sur vous de la chair, j'étendrai sur vous de la peau, je mettrai en vous un souffle et vous vivrez... Vous connaîtrez que je suis le Seigneur quand j'ouvrirai vos tombeaux, et que je vous ferai remonter de vos tombes, Ô mon peuple. je mettrai mon souffle en vous pour que vous viviez. » (Ézéchiel, 37, 1-14.)
On voit donc progressivement apparaître chez les juifs la notion d'un jugement, d'un horizon au-delà de la mort avec une récompense éternelle. Le christianisme s'est situé dans le prolongement de cette intuition. Jésus promet et annonce une fin des temps décidée par Dieu, avec résurrection de tous les morts, suivie d'un jugement général. Il est formellement affirmé dans tous les Evangiles qu'il y a un au-delà de la mort, et donc un au-delà de l'histoire et une vie éternelle. À cet égard, il me semble que le christianisme a considérablement précisé ce qui était en train de se formuler dans les derniers siècles du judaïsme avant notre ère.

- Pour les Hébreux, et dans le judaïsme postérieur, l’attente messianique n’est pas forcément l'attente d'un homme. Elle peut être celle d'un royaume, d’un état du monde apaisé.

- C'est vrai. C'est l'attente d'un royaume qui serait éventuellement élargi aux dimensions de la Création. On a dit aussi que dans la pensée juive le Royaume de Dieu ne saurait être un monde superposé au nôtre, mais sa rénovation, sa récréation, une terre nouvelle soumise à la souveraineté exclusive et sans limites de Dieu. Cela est particulièrement manifeste chez le prophète Isaïe : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle; ainsi le passé ne sera plus rappelé, il ne remontera plus jusqu'au secret du coeur. Au contraire, c'est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer... Désormais on n'y entendra plus retentir ni pleurs ni cris... le loup et l'agneau brouteront ensemble, le lion comme le boeuf mangera du fourrage... » (65, 17-25.)

- La vision chrétienne est-elle identique ?

- Le judaïsme ancien a envisagé, à la fin de l'histoire, l'avènement d'un royaume terrestre, ou, plus précisément, annoncé une terre radicalement transformée par Dieu. Le christianisme a repris ce thème, notamment dans lApocalypse (chap. 21), mais jésus dans les Évangiles a toujours pointé du doigt un royaume qui n’était pas de ce monde, qui était au-delà du monde, comme une transfiguration de celui dans lequel nous vivons.

Qu’en est-il de l'islam ?

- En tant que religion du Livre, l'islam se situe dans la même lignée que le judaïsme et le christianisme. Il est à cet égard purement et simplement l'héritier de la tradition judéo-chrétienne et postule formellement une fin des temps, une résurrection et un jugement dernier, un au-delà éternel de bonheur ou de punition. Dans l'histoire mondiale on peut ainsi isoler le bloc des trois religions du Livre qui croient en une conception vectorielle du temps, avec un début et une fin, à l'inverse de la conception cyclique des Grecs et de l’Asie.

- La notion biblique de « fin des temps » équivaut donc à la notion de « fin de l'histoire » ?

- Tout à fait. La fin des temps, surtout dans le christianisme, signifie la fin de l'histoire. L’humanité a joué son rôle, en bien ou en mal. On fait les comptes et on passe à la vie éternelle. C'est la fin des temps. C'est aussi la fin du temps. Mais ce n'est pas la fin de l'homme. Au contraire, il atteint dans l'éternité son plein épanouissement.

- Vous voulez dire que la «fin des temps » comprise comme fin du monde, comme fin de l'univers créé, implique la «fin du temps», c’est-à-dire du conditionnement historique?

- Oui, la fin des temps c'est la fin du temps. On peut d'ailleurs traduire cette équation dans les termes de saint Augustin. Une idée fondamentale de saint Augustin dans La Cité de Dieu est que le temps est le lieu de l'insécurité. Il est dangereux car il offre la possibilité à la fois de l'amélioration et de la corruption. C'est le lieu d'un passage périlleux où tout peut arriver: le meilleur et le pire. Mais une fois que le temps est arrêté et l’histoire terminée, alors il n’y a plus de possibilité ni de pécher ni de faire le mal, ni de se racheter; c'est trop tard. Telle est la signification de la fin des temps. Le temps a disparu. Il est remplacé par l'éternité.

L’èpreuve du temps

- Toute l'aventure de la franc-maçonnerie est aussi conçue symboliquement comme la recherche de la parole perdue :-"à partir du moment où nous sommes jetés dans le monde et dans le temps, la parole est comme suspendue...

- je rejoindrais assez bien ce point de vue en ce sens que le temps, dans la pensée augustinienne notamment, corrompt et détruit sans cesse. Par conséquent on ne voit pas comment une parole éternelle pourrait s'y exprimer pleinement; elle ne peut s'y exprimer que de façon voilée. Il faut attendre la fin du temps pour que la révélation totale se fasse jour et puisse se faire entendre. Cela est, je crois, tout à fait conforme à la pensée judéo-chrétienne.

- Dans cette perspective de croyant, la fin des temps - qui permet ce passage du temps à l'éternité - devrait être une formidable espérance et non pas une attente angoissée ?

- C'est en effet l'espérance de sortir enfin de l'obscurité et d'entrer dans la clarté d'une révélation totale. Ce qui était caché, dit saint Paul, sera clair. Maintenant nous voyons, dit-il, «comme dans un miroir»; mais alors nous verrons « face à face ». Dans le langage chrétien de toute époque, en quoi consistera le bonheur du paradis ? Il consistera dans le « face à face » avec Dieu. Nous le verrons devant nous, avec tout son amour, sa richesse et sa beauté incommensurables. C'est pourquoi l'expression de « face à face » a été constamment employée par la théologie chrétienne pour signifier le plus grand bonheur du paradis. Il y aura d'autres bonheurs â côté, mais qui découleront de celui-là. La vie humaine et l'aventure de l'humanité sont donc conçues comme un voyage; et ce voyage a un but. Il n’empêche pas les épreuves ni les difficultés de toutes sortes et le sentiment d'absurdité ou d'impasse que nous pouvons parfois ressentir. Mais pour le croyant, ce voyage, sinueux ou pas, a un aboutissement qui est un bonheur absolu et définitif je préciserai encore qu'à la différence des croyances grecques ou asiatiques en la réincarnation on ne le recommence jamais.

- Les labyrinthes des grandes cathédrales ne symbolisent-ils pas ce voyage initiatique que constitue toute existence humaine ?

- C'est tout à fait exact. Les labyrinthes, notamment celui de Chartres, illustrent la pensée de saint Augustin. La vie est difficile, compliquée, sinueuse. On risque de se tromper, d'aboutir à des impasses. Mais finalement il y a une sortie, et il n'y en a qu'une.

- Dans la Bible, la grande métaphore du temps et de l’aventure humaine serait la sortie d’Égypte et la marche des Hébreux dans le désert...

- Mon collègue à l’Institut André Caquot, qui est sans doute le meilleur hébraïsant de France, dit que pour les juifs - et cela est vrai pour les chrétiens et les musulmans - la vie est un pèlerinage. Comme nous venons de l'évoquer, un pèlerinage est un voyage orienté vers un but précis et qui implique une quête. Pour les juifs, ce pèlerinage débouchera dans une terre promise. Les chrétiens ont repris cette image de l'Ancien Testament et les Pères de l'Église ont souvent comparé la vie humaine, l'histoire de l'humanité et la marche de l'Église à une pérégrination difficile sur une terre désertique. On est en voyage mais en poursuivant un but précis. Il ne s'agit donc pas de regarder à droite et 'à gauche, de se laisser distraire ou de se décourager. On sait où l'on va, en faisant totalement confiance à Dieu pour nous conduire à bon port, malgré les épreuves qui surgissent et parfois l'absurdité apparente de la situation. C'est l'idée centrale de saint Augustin dans La Cité de Dieu : le temps, C'est l'épreuve. Nous sommes de toutes parts pétris de temps mais nous aspirons au moment où nous lui échapperons La fin des temps c'est vraiment le moment du passage, on aboutit brusquement dans une autre réalité qui est intemporelle et qu’on appelle l'éternité. C'est un port, si vous voulez, et on ne dépassera plus le port, que ce soit le port du bonheur ou le port du malheur. Pendant toute la traversée, l'homme est soutenu par l'espérance, laquelle se réalisera au sortir du temps.

Dans cette vision biblique, peut-on dire que plus l’histoire avarice, plus elle va vers une perfection.ou pas nécessairement ?

Pour le christianisme et je pense aussi pour islam, il n’est pas écrit d’avance que l'humanité ira en s'améliorant. Ce qui est certain, c est qu'à un moment précis - que Dieu seul connaît - l'histoire s'arrêtera et Dieu viendra juger tous les hommes et séparer l'ivraie du bon grain. Mais il n'est pas dit du tout que l'on aille vers une progression. Cette idée a toutefois été présente chez certains Pères de l'Église grecque - je pense en particulier à saint Irénée - qui pensaient, compte tenu du salut apporté par le Christ, que l’humanité irait dorénavant vers un épanouissement, un accomplissement. Mais cette conception est globalement absente de la théologie occidentale qui a été marquée, comme vous le savez, par saint Augustin, lequel n'avait pas une vue optimiste de l'homme. Une autre thèse développée par saint Augustin dans La Cité de Dieu est que dans l’histoire humaine le bien et le mal sont totalement imbriqués l'un dans l'autre et que cette imbrication ne se terminera qu’au jugement dernier. Autrement dit, au long de l'histoire de l'humanité marquée par les aléas du temps, tout peut toujours arriver, le meilleur comme le pire. Jusqu'à la fin des temps, redisons-le, rien n'est joué, il n'y a aucune sécurité, aucune certitude sur le destin de l'humanité en général et de chaque homme en particulier.

- Au fond, les chrétiens n'attendent pas la réalisation d'un quelconque paradis terrestre. Ils fondent leur espérance sur la destinée post mortem de l'individu et sur un au-delà de I’histoire.

- En effet. je dirai que les religions de manière générale, mais le christianisme peut-être plus que les autres, partent du constat que, dans la vie, il y a plus d'épreuves que de moments de joie. La vie est et restera difficile malgré toutes les améliorations qu'on pourra y apporter. L’homme doit en tirer les conséquences et un enseignement pour sa vie quotidienne, sa spiritualité, sa manière de vivre les épreuves, et pour sa recherche du bonheur qui ne pourra jamais être totalement satisfaite sur cette terre. À titre personnel et en tant que chrétien, je suis convaincu qu’il n’y aura jamais de paradis sur terre, mais que toutes les souffrances, les inégalités et le mal cesseront un jour au-delà du temps. C'est vraiment une « utopie » au sens fort du terme. On voit au contraire à quelles atrocités conduisent les utopies, religieuses ou athées - comme le marxisme - lorsqu’elles veulent réaliser de manière volontariste l'avènement d'un monde parfait sur terre. je crois tout simplement qu’il faut composer ici-bas avec notre condition humaine.

- Cela signifie-t-il que vous renonceriez à faire évoluer l'humanité, à vous engager pour rendre ce monde plus humain et plus fraternel ?

- Nullement ! Tout le message du Christ invite au contraire à soulager la peine d’autrui. je veux simplement dire que je ne crois pas que, sur cette terre, la vie soit un jour débarrassée du mal et de la souffrance. Une telle conviction n'empêche pas d'innombrables chrétiens de se vouer au service de leur prochain et de rendre, comme vous dites, ce monde plus fraternel. Regardez Mère Teresa. Elle n’a cessé de répéter qu'elle n'était pas une assistante sociale et que l'objectif de son action n'était pas de supprimer toute la misère de la terre. Son but était d'aimer les plus pauvres d'entre les pauvres comme le Christ les aurait aimés. «Je ne cherche pas à transformer l'humanité en général mais à aimer chaque être humain que je rencontre en particulier », avait-elle coutume de dire. je me méfie au contraire des idéologues qui prétendent changer l'humanité et qui annoncent un monde meilleur, mais qui ne prennent pas nécessairement soin de ceux qui sont le plus roches d'eux. Le message chrétien, qui est assurément un message de fraternité et d'amour, ne parle que d'un amour personnel, qui engage chaque personne vis-à-vis des autres personnes. Si l'humanité s'en trouve transformée, tant mieux ! Mais ce n'est pas l'objectif premier recherché. Ce qui n'empêche d'ailleurs pas les chrétiens de s'engager activement dans la marche et les affaires de ce monde.

Le mal et la souffrance

La souffrance a-t-elle un sens ?

Pour moi, la vie a un sens. Et, si la vie a un sens, la souffrance aussi en a un, même si elle peut paraître révoltante et même incompréhensible. Ce que croient les juifs, les chrétiens et les musulmans, c'est que la souffrance et la mort n’auront pas le dernier mot. C'est la pensée commune aux religions du Livre. Soyons très clairs : à la différence d'autres systèmes philosophiques ou religieux, la Bible ne donne pas d'explication à l'existence du mal, mais elle apporte l'espérance que le mal sous toutes ses formes, y compris sous la forme de la douleur et de la souffrance, bien entendu, sera définitivement éliminé à la fin des temps.

- Et c’est alors seulement que les hommes comprendront le sens de la souffrance ?

- Voilà. Tant que nous sommes dans le temps, nous ne pouvons pas comprendre la raison de cette énigme colossale (à mon avis tous les autres mystères sont faibles à côté de celui-là) : pourquoi la souffrance d'un enfant ? C'est incompréhensible. La Bible, notamment le Livre de job, nous invite à ne pas chercher de raisons à l'existence du mal. Il n'y en a pas qui puissent être formulées dans le cours du temps et selon notre entendement.

- La théorie du péché originel n est-elle pas censée fournir une explication à la question du mal, au moins du point de vue moral ?

- je suis très réticent là-dessus. Le récit du péché d’Adam et Ève et du paradis perdu dans la Genèse n'est, bien entendu, pas une histoire réelle. Il s'agit d'un mythe... Il n’est pas inutile de le préciser ! Figurez-vous que dans certains milieux intégristes, très nombreux notamment aux États-Unis, le récit de la Genèse est encore pris au pied de la lettre. En fait nous savons bien, d’un point de vue scientifique, et telle est aussi ma conviction personnelle, que l'humanité a mis des centaines de milliers d’années à émerger et se constituer comme telle. je ne vois donc pas comment on pourrait situer à l'origine de l'humanité une faute fantastique, qui, de surcroît, aurait eu des répercussions sur toute sa destinée ultérieure. En revanche, aussi loin que le regard porte, on voit les hommes en train de se battre. Dès qu'il y a eu un homme digne de ce nom, il y a eu méchanceté, jalousie, orgueil, et meurtre. Donc le péché a existé avec le premier homme; et C'est sans doute cela que le mythe du péché originel veut signifier. Mais j'ajouterai qu'il y a eu aussi certainement dès l'origine de l'amour et du bien. Fort heureusement il n'y a pas que le mal dans l'histoire humaine! Mais nous sommes plus sensibles au mal qu'au bien parce que le bien ne fait pas de bruit, et n’est pas spectaculaire. On met deux mâle ans à construire une ville et on peut maintenant la détruire en deux minutes...

- Vous soulignez justement que les religions monothéistes n'apportent aucune réponse à la question du mal Mais n est-ce pas précisément une des raisons du succès grandissant des religions orientales en Occident, notamment le bouddhisme, qui, elles, fournissent des explications au problème du mal, de la souffrance, des inégalités ?

- Certainement. Mais si je dois vous livrer le fond de ma pensée, je vous dirai que je trouve ces explications un peu simples. Grosso modo, on reçoit dans la prochaine vie la récompense, en bonheurs ou en malheurs, de ce qu'on a vécu dans la vie précédente. Autrement dit, si on est aveugle, handicapé, si on meurt de manière tragique, on paie les actes mauvais commis dans une vie passée. On da donc pas à se révolter contre les conditions de notre vie actuelle on les a méritées dans une vie antérieure. Cette explication rassure peut-être certains, mais personnellement je trouve peu satisfaisante cette causalité qui repose sur la loi universelle du karma Le judéo-christianisme et l'islam ne raisonnent pas de cette manière

- Comment raisonnent-il ?

- Encore une fois, ils refusent d'apporter au mal une explication rationnelle ou simpliste, et s'en remettent à Dieu dans un acte de foi. À ses apôtres qui croyaient l'aveugle-né puni pour ses péchés ou ceux de ses parents, jésus affirme: « Ni lui ni ses parents n'ont péché » (jean, 9, 2), ce qui montre bien qu'il refuse de répondre sur la cause du mal, mais aussi qu'il ne croit pas du tout à une quelconque théorie du karma et de la réincarnation, comme certains voudraient aujourd'hui nous en convaincre. Et il exprime de façon identique à propos des victimes de l'effondrement de la tour de Siloé et des Nazaréens massacrés par Pilate (Luc, 13, 2-4). Cette question du mal et de la souffrance injuste de l’innocent est au coeur d’un livre saisissant de l’Ancien Testament : le Livre de job, auquel j'ai déjà fait allusion.
Job est présenté comme un juste soudainement accablé par toutes sortes d’épreuves. Les « sages » sont convaincus qu'il est « corrigé par Dieu » à cause de « sa grande méchanceté et de ses fautes illimitées ». « C'est son karma», dirions nous aujourd’hui ! Mais Job rétorque, sûr de son bon droit: «Je tiens à ma justice et je ne lâche pas. En conscience je n'ai pas à rougir de mes jours. » Effectivement, dés le prologue du Livre, Dieu avait déclaré à Satan: « As-tu remarqué mon serviteur job ? Il n’a point son pareil sur terre. Un homme intègre et droit, qui craint Dieu et se garde du mal. » C'est pour éprouver sa foi et sa fidélité que Dieu a permis que toutes ces calamités lui arrivent, et non pour le punir de ses péchés, comme le croient les « sages ».
Autrement dit, ce texte nous recommande d'avoir l'humilité de ne pas donner d'explication là où il n’y en a pas. Nous nous trouvons tous un jour ou l'autre dans la situation de job et nous avons alors intérêt à nous remettre en mémoire ce texte essentiel. Aux insistantes questions de job sur le malheur qui fond sur lui, Dieu répond par une non réponse: « Où étais-tu quand je fondai la terre ?... Peux-tu nouer les liens des Pléiades? faire apparaître les signes du zodiaque en leur saison? Connais-tu les lois des cieux?... Celui qui dispute avec le Puissant a-t-il à critiquer? Celui qui ergote avec Dieu voudrait-il répondre? » (job, 38-40). Impressionnantes reparties qui mettent en relief les mystères insondables de l'univers et le caractère incompréhensible de la souffrance. Alors Job s'incline : «Je sais que tu peux tout et qu'aucun projet n'échappe à tes prises. Qui est celui qui dénigre la Providence sans y rien connaître? Eh oui! j'ai abordé, sans le savoir, des mystères qui me confondent. » À la suite du Livre de job, jésus s'est refusé à lier péché et punition telle que maladie, ruine, etc.

- À l'inverse de certains intégristes qui voient par exemple le sida comme une punition divine...

- je crois qu’il faut le répéter : jésus n’a pas donné d'explication du mal et du malheur. Cela dit, le croyant suppose que, quand il sera arrivé dans la lumière éternelle, toutes choses apparaîtront claires et simples. Mais pour l’instant, concernant le mal et le malheur, il ne sait pas.

- Dans un ordre d'idées un peu différent, n'y a-t-il pas, au moins dans le christianisme, une insistance sur la souffrance comme condition du salut, donnant, par là même, l'image d'une religion essentiellement sacrificielle et masochiste?

- C'est un fait, surtout en Occident et à certaines époques, que le christianisme a beaucoup insisté sur la douleur, le sacrifice et la souffrance rédemptrice. C'est indéniable, et c'est notamment le thème de mon livre Le Péché et la peur. Il y a eu ce que j'appellerai une dérive doloriste. Mais il faut bien voir que cette dérive est en contradiction avec la vie et les paroles de Jésus. Car si on en revient aux Évangiles, jésus au jardin des Oliviers, à la veille de sa mort, juste avant d’être arrêté, prie et dit à son père : « Est-ce que ce calice ne pourrait pas s'éloigner de moi? » Il n’a pas du tout souhaité passer par la souffrance. Les Évangiles nous disent qu’il a répété trois fois cette prière. Mais il a ajouté ensuite : « Que ta volonté soit faite », autrement dit, si cette mort est inévitable (comme une conséquence logique de sa prédication qui dérangeait beaucoup), j'accepte de mourir pour être fidèle jusqu'au bout à mon message. Le drame, c’est qu'on a souvent interprété la mort de jésus dans un sens sacrificiel, celui de Dieu le Père qui aurait eu besoin du sang de son fils pour sauver les hommes. Mais si on regarde les Évangiles, on voit que Jésus n'a jamais recherché ni la mort ni la souffrance. On lui a d'ailleurs reproché à l'époque de ne pas être un ascète.

- On lui reprochait en effet de boire avec ses disciples, d'être invité à des banquets...

- En effet. Il allait à des festins. Aux noces de Cana on nous dit même que, quand il n’y eut plus de vin, il changea l'eau en vin, ce qui n’est pas banal pour un prophète! Il était somptueusement reçu chez Lazare, Marthe et Marie qui étaient des gens aisés. jésus ne parait pas avoir cherché la douleur. Toutefois les Evangiles rapportent qu'avant de commencer sa vie publique il est resté quarante jours dans le désert, priant et jeûnant. Il est donc passé par une cure d'ascétisme. Toutes les grandes religions de la planète, notamment le bouddhisme, préconisent ce type de retraite spirituelle qui permet une purification du corps et de l'esprit. Mais cette expérience, limitée dans le temps, da rien de masochiste.
Si donc il est vrai que Jésus a accepté de passer par la souffrance, sans jamais l'avoir recherchée, on a assisté très tôt dans le christianisme à une dérive doloriste qui, c'est vrai, a duré assez longtemps, mais est maintenant en train de s'effacer.

- La dérive doloriste consistant à donner un prix à la souffrance en tant que telle ?

- A rechercher la souffrance et à penser : « Plus on souffre, plus on est chrétien ». Dès les premiers siècles qui ont suivi la mort de jésus, un certain nombre d'ascètes ou d'athlètes chrétiens ont pensé qu'ils ne souffriraient jamais assez pour expier leurs fautes. C'était le résultat d'un sentiment aigu du péché.

- L'iconographie chrétienne a, pendant des siècles, représenté un Christ ressuscité et glorieux. Puis les images du Christ souffrant sur la croix se sont répandues en Occident. Pourquoi ce changement d'image?

- Une transformation s'est effectivement produite à cet égard dans la chrétienté latine, surtout à partir du XIIIe siècle, probablement sous l'influence de saint François d'Assise et des franciscains. François d'Assise a essayé de s'identifier au Christ souffrant et il a reçu dans ses mains et ses pieds la marque des clous de la Passion. C'est ce qu'on appelle les « stigmates ». Le renom de saint François d’Assise fut énorme au Moyen Âge ; on le qualifia même d'« autre Christ », de « nouveau Christ ». Pour les gens de l'époque, c'était le plus grand saint depuis Jésus. De tempérament sensible et affectueux, il voulut souffrir pour celui qu'il aimait passionnément. Et la spiritualité franciscaine, en se répandant à travers toute la chrétienté, multiplia les images de la crucifixion, par opposition au Christ en gloire de la période antérieure. Mais tout le christianisme ne se réduit pas à cette dérive doloriste, qui a pris des formes diverses selon les lieux et les époques. Le chrétien fidèle à l'esprit des Évangiles est quelqu'un qui se dit : Si la souffrance et la douleur arrivent - ce qu'à Dieu ne plaise ! -, eh bien, il faut en faire le meilleur usage pour moi et pour les autres.

jugement individuel et jugement dernier

- N’a-t-il pas, au moins dans le christianisme, une distinction entre le jugement particulier de l’âme qui intervient après la mort et le jugement collectif de l'humanité qui aura lieu à la fin des temps ?

- La théologie chrétienne traditionnelle, surtout au Moyen Âge et durant la période moderne, a distingué en effet un jugement individuel, qui a lieu aussitôt après la mort, du jugement général de l'humanité.

- Qui interviendrait après la fin des temps ?

- juste à la fin des temps, lorsque Dieu décidera darrêter le cours du temps et de l'histoire. Alors se situera, selon les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) et lApocalypse, un événement cosmique appelé « Parousie ». La Parousie, C'est le retour du Christ ressuscité et glorieux qui vient juger les vivants et les morts. jésus l'annonce très explicitement : «En ces jours-là, après cette détresse, le soleil S'obscurcira, la lune ne brillera plus, les étoiles se mettront à tomber du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et de la gloire. Alors il enverra les anges et, des quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel, à rassemblera ses élus. » (Marc, 13, 24-27.)

Qui seront les élus ?

- je n’ai pas qualité pour le dire. Mais je crois important de se reporter sur ce sujet au chapitre 25 de Matthieu. On y lit que le critère de jugement ne sera pas un critère théologique, de foi ou de croyance, mais un critère d'amour et de service rendu aux autres. Il vaut la peine de rappeler ce texte célèbre, qui est au coeur de notre sujet : « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous M'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous M'avez donné à boire; j'étais un étranger et vous M'avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous M'avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi." Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire, étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir, malade ou en prison et de venir à toi?" Et le roi leur répondra : "En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l'avez fait!" » (Matthieu, 25, 31-40.)

- Puisque ce jugement qui interviendra à la fin des temps concerne chaque individu, en quoi la sentence sera-t-elle différente du jugement particulier de l'âme après la mort ?

- Il n’y aura pas de changement de sentence. Mais le jugement particulier, comme son nom l'indique, S'adresse à celui qui vient de mourir, tandis que devrait avoir lieu, à la fin des temps, une sorte de récapitulation générale où l'humanité tout entière ferait son bilan. Toutefois, à ce sujet, des questions théologiques ont été fort discutées dans les premiers siècles de l'Église et une partie du Moyen Age. On s'est demandé notamment si les élus, après la mort et avant le jugement dernier, jouissaient de la totalité du bonheur du paradis. Ou s'il n'y avait pas, indépendamment du purgatoire, une sorte de territoire et de temps d'attente, un paradis terrestre retrouvé dans l'au-delà, avant le passage définitif au ciel. Cette conception a été rejetée par l'Église catholique au moment des papes d'Avignon, au XIVe siècle. Il faut d'ailleurs préciser que, historiquement, la prédication a d'abord surtout mis l'accent sur le jugement dernier. Puis, à mesure que la pastorale et le catéchisme se sont développés, on a davantage insisté sur le jugement particulier. Ainsi dans les sermons des XVIIe, XVIIIe, XIX siècles, on parle beaucoup plus du jugement particulier que du jugement dernier. Aujourd’hui, ces distinctions sont devenues beaucoup plus floues. je dirai que, pratiquement, la prédication n’en parle plus.

- Il y a encore, nous semble-t-il, un débat qui a agité la chrétienté, qui est celui de la résurrection des corps. Après la mort, l'âme resterait en attente d'un « corps glorieux » qui ne lui serait attribué qu'au jugement final.

- Dans le credo chrétien - d'abord dans le « Symbole des apôtres » qui est plus ancien, puis dans le credo de Nicée de 325 -, il est dit : «Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. » C'est la fin du credo, l'épisode final. Encore une fois, je parle en tant qu'historien; je ne me prononce pas personnellement; j'expose la conception traditionnelle. Le jugement particulier est celui de l'âme.

Vous qui avez écrit plusieurs ouvrages sur le paradis, pouvez-vous nous dire en quelques mots à quoi ressemble le paradis dans la vision juive, chrétienne, musulmane?

- je ne suis pas un spécialiste du judaïsme et de l'islam. Ma réponse sera donc prudente. Il me semble que le judaïsme ancien mettait surtout l’accent sur l'horizon messianique. Alors la Création ne serait plus séparée du monde divin. L’adoration du Dieu unique et la fraternité universelle marqueraient la fin des aléas de l'histoire. En outre, la prophétie d'Ézéchiel évoquant la résurrection des ossements desséchés a été comprise, sans doute plus tard, comme l'annonce dune renaissance à la vie éternelle. La réalité de celle-ci semble avoir été la conviction de la plupart des juifs contemporains de jésus, à l'exception des Sadducéens. Reste que, globalement, l'insistance sur l'existence d'un paradis dans l'au-delà ne me parait pas avoir été - ou être - très présente dans le judaïsme.
Elle est plus accentuée dans le Coran qui, en de nombreux versets, assure qu'il y aura un jugement dernier, une récompense éternelle pour les justes et une punition définitive pour les méchants. Le paradis de l'au-delà est toujours décrit comme un jardin d'Éden retrouvé avec des plaisirs très concrets. La sourate XLIV prophétise : « Les gens pieux seront dans une demeure où ils se sentiront en sécurité. Ils se tiendront au milieu de jardins et de sources d eau vive. Ils se vêtiront d'étoffes fines de soie et de brocart, étendus face à face sur des lits de repos. Ainsi. Et nous les aurons mariés avec des vierges dont les yeux noirs auront de larges prunelles sur un fond de blanc éclatant. Ils y demanderont, confiants, toutes sortes de fruits. Ils n'y goûteront pas la mort, après leur première mort, et Dieu les aura préservés du tourment de la Géhenne. »
Avant l’islam le christianisme annonça de la façon la plus nette le jugement dernier et la « résurrection de la chair », rendue possible par la résurrection du Christ. D'où cette annonce de saint Paul aux Romains (8,11) - « Celui qui a ressuscité le Christ Jésus donnera aussi la vie à nos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » En revanche, si l'on met à part les riches évocations de la Jérusalem céleste qui figurent dans l’Apocalypse, on doit constater que les Évangiles et les autres textes du Nouveau Testament ne donnent aucune description de l'au-delà. Ensuite les Pères de l'Église, et encore saint Benoît dans la règle qu'il écrit pour ses moines, répètent inlassablement, en l'appliquant 'à l'éternité bienheureuse, la parole de saint Paul: « Nous enseignons... ce que l'oeil n'a pas vu, ce que l'oeil n’a pas entendu, et ce qui n'est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. » (1 Cor., 2, 9.) je tiens à souligner cette discrétion chrétienne devant le mystère de l'au-delà.

- Et qu’en est-il de l’enfer ?

- Concernant le catholicisme, la doctrine traditionnelle, qui est celle d’un saint Augustin par exemple, postule l'existence d’un lieu de souffrance éternel pour ceux qui auraient commis un mal considérable en cette vie et ne s'en seraient jamais repentis. De nos jours, dans l’Église catholique, même si ce n’est pas officiel, on s'interroge beaucoup sur l’enfer. Tout le premier, je m'interroge sur cette question.

Quel est votre point de vue personnel ?

- Pour moi, l'enfer c'est la « seconde mort » dont parle saint jean. je crois qu'effectivement, à la mort, il y a un bilan et qu’il faut rendre des comptes sur ce qu’on a fait de sa vie. À ceux qui ont été plus favorisés que d’autres et ont reçu plus de dons et de possibilités, a sera demandé davantage. Mais il faudra tout de même rendre des comptes, dans la mesure du moins où l'on aura été responsable de sa vie.
Ceux qui auront vraiment et gravement commis le mal, comment pourraient-ils accéder au bonheur éternel? Dans mon esprit ils seront plongés dans la « seconde mort ». Il ne s’agira pas d'un lieu ou d'un état de souffrances éternelles - idée qui m’est insupportable -, mais néanmoins d'une punition éternelle. Une condamnation à une mort définitive.

Vous voulez dire qu'ils retourneront au néant ?


- Ils seront condamnés au néant qui sera leur punition. Alors que les justes ressuscités seront appelés au bonheur éternel. Autrement dit, les rejetés verront au moment de la résurrection la joie des élus, une joie dont ils savent qu'elle durera toujours, et eux comprendront alors qu'ils sont condamnés à une mort sans appel.

- Vous croyez donc à l'idée d'une punition éternelle ?

- Oui, mais pas à des souffrances sans fin. Toute la Bible nous dit que « Dieu est justice et miséricorde ». C'est la foi commune des trois religions du Livre. Or si la justice de Dieu exige une punition pour les actes graves, sa miséricorde m’interdit de croire que cette punition puisse être une souffrance éternelle. C'est pourquoi je me rallie à cette solution de la « seconde mort », qui est un anéantissement définitif C'est une solution que je n’ai pas inventée et qui était, par exemple, celle de saint Irénée au ne siècle apr. J.-C. Saint Irénée disait en substance : si des pécheurs confirmés, obstinés, se sont coupés de Dieu, ils se sont aussi coupés de la vie. S'ils se sont coupés de la vie, comment pourraient-ils continuer à vivre? Voilà le raisonnement de saint Irénée, que je reprends à mon compte.

- Mais s’ils demandent pardon ?

- Vous avez raison, car je crois que le pardon de Dieu est infini, mais je parle de ceux qui se seront obstinés jusqu'à récuser le pardon.

- Et qu’en est-il du purgatoire ?

- Le purgatoire, c'est encore une autre solution, qui a été envisagée dès les temps de l'Église primitive. C'est notamment la solution d'Origène. Mais l'expression n'est pas bonne, car comme l'a très bien montré Jacques Le Goff, le mot et le lieu sont apparus seulement au XIIe siècle. En revanche, la notion de peine purgative est très ancienne et a précédé le lieu et le substantif Selon Origène, à l'exception des saints qui iront droit au paradis, tous les hommes pécheurs seront soumis après leur mort à une sorte de recyclage, à des purifications successives qui se réaliseront dans une certaine souffrance mais avec l'espérance, à l'horizon, du bonheur éternel. Certains passeront facilement les différentes étapes de cette révision, et d'autres devront beaucoup s'améliorer pour arriver finalement à la félicité suprême. Mais tout le monde y arrivera. L’enfer, alors, n’existe plus, sous quelque forme que ce soit. La théologie chrétienne a donc très vite imaginé deux solutions possibles, celle d'Origène et celle de saint Irénée, pour évacuer l'idée d'un lieu de souffrances éternelles. Je préfère celle de saint Irénée, qui s'accorde mieux avec les scènes du Jugement dernier évoquées dans les Évangiles. Mais ce n’est qu’une conviction personnelle!
Pour en revenir à la fin des temps, dans tous les cas - que vous preniez la solution de saint Irénée, celle d'Origène, ou encore celle de saint Augustin - il y a bel et bien, à partir de a résurrection finale et du jugement général, le passage de l'histoire à l'éternité.

Jésus inaugure la fin des temps

- Le Nouveau Testament, en maints endroits, présente la venue de jésus comme inaugurant la fin des temps. Selon Paul par exemple, jésus arrive quand « les temps sont accomplis ». Qu’est-ce que cela signifie ?

- Pour les auteurs du Nouveau Testament, c'est indiscutable, jésus inaugure les temps derniers et commence la réalisation des promesses eschatologiques - celles qui concernent le sort ultime de l'homme et du monde. La formule « les temps sont accomplis » signifie que l'humanité entre dans la dernière période de son aventure et que la fin définitive de l'histoire approche. Le Royaume est en train d'arriver. Les chrétiens distinguent deux avènements du Christ : le premier fut la naissance de jésus, réincarnation du Verbe de Dieu. Le second sera la « Parousie », C'est-à-dire, je vous l'ai dit, le retour en gloire du Christ ressuscité qui viendra juger les vivants et les morts. Avec le premier avènement, nous sommes entrés dans les derniers temps de l'histoire, et celle-ci s'achèvera avec l'ultime avènement du Christ.
- La deuxième lettre de saint Pierre (3, 8-13) est très éclairante sur l'attente et l'impatience des premières communautés chrétiennes relativement aux derniers temps. Permettez-moi de vous en lire un extrait: « Il y a une chose, mes amis, que vous ne devez pas oublier: pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Mais a fait preuve de patience envers vous, ne voulant pas que quelques-uns périssent mais que tous parviennent à la conversion. Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, jour où les cieux disparaîtront à grand fracas, où les éléments embrasés se dissoudront et où la terre et ses oeuvres seront mises en jugement... Nous attendons selon sa promesse des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habitera ».

J'aurai certainement l'occasion de revenir plus loin dans notre conversation sur la complication que l'Apocalypse a introduite dans les attentes eschatologiques. Disons simplement pour l'instant qu'elle les a dédoublées en annonçant d'abord un retour glorieux du Christ venant régner pendant mille ans sur la terre, puis l'avènement de la Jérusalem définitive dans le ciel.

- Pouvez-vous dire un mot d’Hénoch et Élie, ces deux personnages mystérieux de l’Ancien Testament qui sont censés revenir juste avant la fin des temps ?

- Hénoch est un des personnages les plus énigmatiques de la Bible. Il fait partie des premiers descendants d'Adam et Eve, ces patriarches d'avant le Déluge, qui vécurent très longtemps. Selon le récit de la Genèse - que je considère encore une fois comme mythique - Hénoch vécut en tout trois cent soixante-cinq ans et ne mourut pas. « Ayant suivi les voies de Dieu, il disparut, car Dieu l'avait enlevé », nous dit la Bible (Genèse, 5, 24). Élie, quant a lui, est un grand prophète d'Israël qui aurait vécu vers le IXe siècle av. J.-C. Selon la Bible, il ne serait pas mort non plus mais aurait été emporté au ciel, sous les yeux ébahis de son disciple Élisée, dans un char de feu : « Tandis qu'ils poursuivaient leur route tout en parlant, voici qu'un char et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre : Élie monta au ciel dans la tempête. » (2 Rois, 2, 11.) Selon la Bible, ces deux personnages ont donc en commun - et je crois bien qu'ils sont les seuls dans ce cas - d'avoir été enlevés au ciel par Dieu sans avoir connu la mort. Une tradition apocalyptique juive s'est alors développée autour de l'idée que ces deux personnages reviendraient à la fin des temps pour préparer l'arrivée du Messie. l'époque de jésus, période de forte attente messianique, de nombreux groupes religieux juifs attendaient ainsi le retour dHénoch et surtout du prophète Élie. C'est pourquoi les émissaires des grands prêtres demandèrent à Jean-Baptiste qui baptisait dans le Jourdain : « Es-tu Élie ? » (jean, 1, 2 1), c'est pourquoi aussi plusieurs juifs religieux crurent que Jésus était Élie (Marc, 6,15).

- Y a-t-il un lien entre Hénoch et Élie d'une part, et de l’autre les fameux « deux témoins » de l’Apocalypse ?

- Certainement. S'inspirant de la tradition apocalyptique juive, l’Apocalypse de jean, qui clôt le Nouveau Testament, reprend ce thème des deux prophètes de la fin des temps. Selon l’Apocalypse, un grand combat eschatologique précédera le retour du Christ. Durant cette lutte, Dieu enverra deux témoins qui rendront témoignage à la Vérité puis seront mis à mort par la « Bête », sorte d'incarnation du mal. Mais « après trois jours et demi, un souffle de vie, venu de Dieu, entra en eux et ils se dressèrent », nous dit l’Apocalypse. « Alors une grande frayeur tomba sur ceux qui les regardaient. Ils entendirent une voix forte, qui, du ciel, leur disait : Montez ici. Et ils montèrent au ciel dans la nuée, sous les yeux de leurs ennemis. » (Apocalypse, 11, 11- 12.) Les noms d'Hénoch et d'Élie ne sont pas mentionnés explicitement, mais la tradition chrétienne les a souvent assimilés à ces deux « témoins » de la fin des temps. En particulier au Moyen Âge, dans l'iconographie notamment. On confectionnait par exemple des cartes du monde avec au sommet et à l'est le jardin d'Éden, Adam et Ève étant de part et d'autre de l'arbre, et symétriquement, à l'ouest, Hénoch et Élie pour annoncer la fin des temps. Ainsi la cartographie elle-même partait du jardin d'Eden pour aboutir au jugement dernier. Telle était bien, pour les chrétiens de l'époque, la vision de l'histoire de l'humanité.

- Puisque nous parlons de l’Apocalypse, pouvez-vous nous dire comment ce texte parle de la fin des temps ? Qu’elles seront les signes annonciateurs de la fin du monde et du jugement dernier ?

- L’Apocalypse attribuée à jean n'est pas le seul texte du Nouveau Testament qui évoque la fin des temps. Dans les Évangiles synoptiques, Jésus tient parfois des discours eschatologiques. son époque, ce genre littéraire était florissant. L’idée dominante, c'est qu'on n’accédera pas à la Jérusalem céleste et éternelle sans qu'il y ait eu auparavant un combat définitif entre le Bien et le Mal. Cette idée était déjà répandue. Elle trouva un accomplissement dans les Évangiles et l’Apocalypse. En relisant les Évangiles on peut y relever un certain nombre de signes que Jésus présente comme annonciateurs de la fin des temps : des guerres, des tremblements de terre, des signes dans le ciel, les puissances des cieux seront ébranlées, les hommes seront dans l'angoisse, l'iniquité sera généralisée. « Y aura-t-il encore la foi sur la terre? » se demande même Jésus. Mais il précise par ailleurs que « la bonne nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier... alors viendra la fin » (Mathieu, 24, 14). C'est une des raisons pour lesquelles Christophe Colomb, en découvrant l’Amérique, eut la certitude de vivre les temps ultimes, puisque l’Évangile allait être annoncé à des peuples jusque-là inconnus. Et puis il y a la prophétie de Jésus qui annonce la destruction prochaine du Temple de Jérusalem (destruction qui aura lieu une quarantaine d'années après sa mort), et cette parole assez troublante sur le destin du peuple d'Israël « Ils tomberont au fil de l'épée; ils seront emmenés captifs dans toutes les nations, et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations jusqu'à ce que soit accompli le temps des nations. » (Luc, 21, 24.) À partir de cette parole, certains n'ont pas manqué d'interpréter le retour récent du peuple juif en Israël comme l'un des signes annoncés par Jésus, signifiant l'imminence de la fin des temps.

- Tout au long de l'histoire, les Occidentaux n'ont pas cessé de lire les événements étonnants ou dramatiques de leur époque comme des signes de la fin des temps...

- Bien entendu ! Et notamment certains événements particulièrement tragiques - pestes, Grand Schisme de la fin du XIVe siècle et du début du XVe, guerres de religion. Incontestablement, on a interprété ces événements dramatiques de l'histoire occidentale à travers le prisme de la littérature apocalyptique. On concluait facilement que des « échéances eschatologiques » - et c'est à dessein que j'emploie cette expression - étaient proches. Échéances qui pouvaient être soit la fin des temps, soit le passage aux mille ans de bonheur sur terre. Car il y a eu les deux catégories d'échéances eschatologiques.

- Vous faites allusion aux croyances millénaristes qui s'inspirent de l’Apocalypse. Avant d’y venir, parlez-nous de ce texte qui a tant marqué l'histoire de l’Occident. Qui est l’auteur de l’Apocalypse ?

- La tradition attribue ce livre à saint jean, le disciple bien-aimé de Jésus, qui serait également l'auteur du quatrième Évangile et de plusieurs épîtres. Beaucoup d'exégètes contemporains récusent cette attribution, penchant plutôt pour une oeuvre collective émanant de cercles chrétiens d'Éphèse qui se considéraient comme les héritiers de l'enseignement de l'apôtre Jean. je ne me prononce pas sur cette question qui n’est pas de ma compétence. Ce dont on est plus sûr, c'est que ce livre a été rédigé à la fin du Ie, siècle, vers 90, lors des persécutions de Domitien. Ces prophéties apocalyptiques voulaient redonner courage à des gens persécutés. Pour la plupart des commentateurs, il ne fait pas de doute que « la Bête », « le Dragon », dont il est question tout au long du livre n'est autre que Rome - la Rome qui persécute. Il S'agit de dire en substance aux chrétiens victimes de la persécution : Vous souffrez à cause de votre foi, mais tenez bon car la victoire du Bien sur le Mal est assurée.

- Que veut dire « Apocalypse » ?

- « Révélation ». C'est le « livre des révélations », qui dévoile ce qui était caché. L’ouvrage commence d'ailleurs ainsi : « Révélation de Jésus-Christ : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Il la fit connaître en envoyant son ange à jean son serviteur, lequel a attesté comme parole de Dieu et témoignage de jésus Christ tout ce qu'il a vu. Heureux celui qui lit, et ceux qui écoutent les paroles de la prophétie et gardent ce qui s'y trouve écrit, car le temps est proche. »

Quelle est la trame de ce livre ?

- Tout d'abord l’Apocalypse s'adresse à sept Églises d'Asie, qui sont nommées. Elle annonce le jugement final de l'humanité, mais précédé par trois séquences. Tout d'abord un temps de longues et douloureuses épreuves cataclysmes, catastrophes, etc. Ensuite une période de paix terrestre de mille ans, pendant laquelle le diable sera enchaîné. Enfin une dernière période, très brève mais terrible, le combat final entre le Bien et le Mal précédant immédiatement la fin des temps, le jugement dernier et l'éternité définitive où les élus seront groupés autour du trône de l’Agneau, celui-ci représentant Jésus le Rédempteur.

- Donc vous pouvez nous rassurer : on est sûr que c’est le Bien qui va l’emporter !

- Il n’y a aucun doute, l'histoire finit très bien! Il faut lire et relire les pages magnifiques qui terminent le livre. S'inspirant tout d’abord des visions du prophète Isaïe, elles décrivent les « cieux nouveaux », c'est-à-dire l'éternité - « Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu et la mer n’est plus. Et je vis la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis, venant du trône, une voix forte qui disait : Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront son peuple et lui sera le Dieu qui est avec eux. Il essuiera toutes larmes de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu. Et celui qui siège sur le trône dit : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Puis il dit : « Écris : ces paroles sont certaines et vraies.» Et il me dit : "C'en est fait. je suis l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin. À celui qui a soif, je donnerai de la source d’eau vive, gratuitement. » (Apocalypse, 21, 1-6.) S'inspirant ensuite des visions du prophète Ezéchiel, l'auteur décrit la cité sainte où vivront les élus « [un ange] me transporta en esprit sur une grande et haute montagne et il me montra la cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu. Elle brillait de la gloire même de Dieu, son éclat rappelait une pierre précieuse comme une pierre d'un jaspe cristallin. » (Apocalypse, 2 1, 10-11.) La cité « n'a pas besoin de soleil ni de lune car c’est la gloire de Dieu qui l'éclaire, son flambeau c'est l’Agneau. Les nations marcheront à sa lumière, les rois de la terre y apporteront leur gloire. Ses portes ne se fermeront pas au long des jours car en ce lieu il n’y aura plus de nuit » (21, 23-24). Et le livre s'achève sur ces paroles du Christ: « Oui, mon retour est proche. »

- Umberto Eco fait remarquer que l'on pense spontanément à l’Apocalypse comme à un livre de malédiction, alors qu'il s’agit en fait d'un livre d’espérance...

- Il a entièrement raison! C'est un livre de consolation et d'espérance. On a fait une lecture dramatique de ce livre en focalisant l'attention sur les épisodes catastrophiques. Mais finalement il s'agissait de dire aux Églises persécutées d'Asie : vous traversez un temps d’épreuve, mais il se terminera bientôt. Alors ce sera le bonheur définitif et le mal sera vaincu pour toujours.

(à suivre...)

+ + + + +
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://revelation-apoc-key.forumactif.com
 
L’Apocalypse Revisitée par Jean Delumeau...
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» L'Apocalypse selon St Jean
» Apocalypse, Nouvel Ordre Mondial et Marque "666" de la Bête !
» Séminaire sur l'Apocalypse du 20 au 22 Mai 2011
» 666 le chiffre de la bete
» L`Apocalypse de Jean est un texte difficile a décoder!

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
FORUM APOCALYPSE ET PROPHETIES POUR NOTRE TEMPS :: LES APOCALYPSES DE LA BIBLE ET LA FIN DES TEMPS :: L'APOCALYPSE DE ST JEAN REVISITE PAR JESUS ET MARIE :: Commentaires sur le Livre de l'Apocalypse par Jean Delumeau 1997 ...-
Sauter vers: